Qu’est-ce que la PENSEE ?
   
                 
 

Un ouvrage a développé ce thème, c’est celui de Martin HEIDEGGER, il s’intitule : « Qu’appelle-t-on penser ? » Nous allons tenter à partir de son écrit de donner une vision de la PENSEE, car la pensée en réalité est toujours méconnue, non prise dans son sens réel. A partir de la philosophie, on risque de se perdre dans les dédales… de la philosophie. Donc nous essaierons de ne pas parler philosophie, mais parler simplement de PENSER, de la PENSEE… la PENSEE QUI PENSE… et par laquelle il y a NOUS… car sans elle, il n’y a plus de NOUS, ni de MONDE, ni de NEANT, ni de ÊTRE, ni de NON-ÊTRE, ni d’ESPRIT, ni de TERRE, ni d’UNIVERS, ni de SCIENCE… Et c’est ce que nous voulons, ou du moins la PENSEE, NOTRE PENSEE ne veut pas que nous ne pensions ce miracle qu’est l’existence

Dans son premier cours (semestre d’hiver 1951-1952) tenus à l’Université de Fribourg-en-Brisgau, dès son introduction, Heidegger écrit : « L’homme s’appelle pourtant celui qui peut penser, et à bon droit. Car il est l’animal raisonnable. La raison, la « ratio » se déploie dans la pensée. En tant qu’il est l’animal raisonnable, l’homme doit pouvoir penser, si seulement il le veut. Toutefois, l’homme veut peut-être penser et ne le peut pourtant pas. En fin de compte, il veut trop, dans cette volonté de penser, et c’est pourquoi il peut trop peu. L’homme peut penser, en ce sens qu’il en a la possibilité. Mais cette possibilité ne nous garantit encore pas que la chose est en notre pouvoir. Car cela seulement est en notre pouvoir, que nous désirons. »

Que peut-on dire d’emblée sur cette entrée de Heidegger dans « Qu’appelle-t-on penser », cela figure en première page. Heidegger ne va pas par quatre chemins, dès les premières lignes, il fait ressortir que la PENSEE n’est pas en notre pouvoir, et que la raison, le « ratio » comme il dit, se déploie dans cette pensée. Maintenant que nous désirions penser, que nous le voulions ou le pouvions… ou même que nous pouvions peu parce que nous le voulions trop, toutes ces affirmations, il faut les prendre avec prudence, car rien ne nous dit, du moins à moi, rien ne me dit que je veux penser… que parce que dans cette volonté de penser, je pense peu. A l’instant même où j’écris ces lignes, et je l’ai dit auparavant… ces pensées s’arrachent de moi, non que je veux les penser, mais ces pensées sont pensées en moi et m’utilisent… et c’est cela qui est important, et je souligne… DANS LA PLEINE SATISFACTION DE MON MOI…

En quelque sorte, ces pensées m’ont choisies et bon Dieu, quel bonheur de les écrire, car elles s’écrivent toutes seules, je ne fais aucun effort, au contraire c’est elles qui font effort parce qu’elles me donnent un but, un sens… même si celui-ci ou ceux-ci sont faiblement compris par mon être. En fin de compte, je ne désire rien qu’écrire ces pensées qui viennent de nulle part et de toute part… Et c’est quoi le nulle part, et le toute part, le néant ou le non-être et le tout ou l’infini ? Oui ce être que je suis en fin de compte est un milieu entre un rien et tout, comme l’a dit Pascal. Et c’est cela qu’on doit comprendre…

D’ailleurs Heidegger se reprend et écrit : Nous disions : L’homme ne pense pas encore, et il ne pense pas, précisément parce que ce qui demande à être pensé se détourne de lui. Si l’homme ne pense pas, ce n’est aucunement pour la seule raison qu’il ne se tournerait pas suffisamment vers ce qui, de son côté, se tournerait toujours vers l’homme pour être pensé.

Ce qui demande à être pensé se détourne de l’homme. Il se retire devant lui. […]

Ce qui se retire devant nous nous tire précisément du même mouvement avec lui…

Ceci est dit comme si deux êtres parallèles vivent en l’être, l’être qui suis « moi » sans pensée et l’être « pensée » qui épouse mon corps, vit, trouve gîte en mon être, son lieu de prédilection, mon cerveau. Et le mouvement de l’être vers la pensée est énigmatique, celui-ci peut être comme il ne peut être en l’être. L’êtreappelle, la penséene vient pas. Pourtant le fait de l’appeler, elle est. « Présente ou absente, elle n’obéit qu’à elle-même… »

Ainsi l’être est par elle et pour elle, il est sa pensée… et seulement sa pensée…

Heidegger va aller plus loin dans la définition de ce PENSER, il dit : Tout pensable donne à penser. […] Mais reste-t-il encore quelque chose aujourd’hui à quoi l’homme ne s’intéresse pas – au sens où il comprend ce mot ?

Inter-esse veut dire : être parmi et entre les choses, se tenir au cœur d’une chose et demeurer auprès d’elle.

Un point toutefois qui ne ressort pas lorsque Heidegger parle d’être parmi et entre les choses, c’est précisément la responsabilité de la pensée entre lui et les choses, entre lui et le monde. La signification de son être et du monde se fait au moyen de la pensée. La PENSEE est un outil pour l’homme de gouverner, d’administrer sa vie, et donc d’assumer ce qu’elle aura à décider mais cette pensée n’est pas son bien, elle est DON, elle est LIBERTE, elle est ESSENCE, elle est RAISON. La liberté, l’essence de l’homme, la raison… ne sont pas l’homme, mais la PENSEE par laquelle il EST, par laquelle il se différencie des choses, a prise sur les choses. Ceci doit être compris dans le sens intrinsèque de la PENSEE… et non dans le sens de l’homme qui, lui, est un être concret, un être existant, en tant que situation-dans-le-monde

MEDJDOUB HAMED

 

Extrait 2 de l’ouvrage « Au-delà des mots… et des maux… », p.250 à 253

 
                 
       
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